Article écrit à l'aide de la Synthèse Juridique (voir l'onglet LexStart, Où en est-on)
🔵Proposition de loi n° 83 (2025-2026), (Senat.fr/dossier-legislatif)
🔵Déposée le 28 octobre 2025 au Sénat; Procédure accélérée engagée par le Gouvernement le 19 février 2026.
🔵Situation au 21 fevrier
2026 : Adoptée au Sénat le 19/02/2026 à l'unanimité.
Texte
transmis à l'Assemblée nationale pour examen.
Procédure accélérée en cours.
Entrée en vigueur conditionnée à l'adoption définitive par l'Assemblée
nationale.
🔵Mots-clés : Retards de paiement ; Défaillances d'entreprises ; Acheteurs publics défaillants ; Commande publique ; Pénalités de retard ; Sanctions financières ; 1% du chiffre d'affaires mondial ; Amende administrative ; Récidive ; Intérêts moratoires automatiques ; Fonds public d'affacturage ; Expérimentation ; Interdiction de renonciation aux pénalités ; Procédure de traitement de sortie de crise ; Trésorerie ; DGCCRF
=> Contexte => Ce qui change
=> Présentation/analyse => Dispositions clés
=> Nouveautés => impacts pratiques
=> Droit antérieur => Sources complémentaires
Contexte
Dans un contexte de hausse record des défaillances d'entreprises (68 500 en 2025, +3,5% par rapport à 2024), cette proposition de loi du sénateur Olivier Rietmann vise à lutter contre les retards de paiement qui augmentent de 25% le risque de défaillance et privent les PME de 15,3 milliards d'euros de trésorerie. Les retards proviennent principalement des grandes entreprises (12 milliards d'euros) et des administrations publiques (5 milliards d'euros). Le texte a été adopté à l'unanimité par le Sénat le 19 février 2026 avec le soutien du gouvernement.
Présentation
Cette proposition de loi s'inscrit dans un contexte
économique particulièrement tendu marqué par une hausse sans précédent des
défaillances d'entreprises en France. L'initiative parlementaire répond à
une urgence économique documentée par l'Observatoire des délais de
paiement et la Banque de France, qui établissent un lien direct entre les
retards de paiement et l'augmentation du risque de défaillance de 25%
(voire 42% au-delà de 60 jours).
Le constat est accablant : 86% des entreprises françaises ont été
confrontées à des retards de paiement sur les douze derniers mois,
représentant un volume global de 17 milliards d'euros en 2024. Cette situation
révèle un déséquilibre structurel dans les relations commerciales,
puisque seules 50% des grandes entreprises respectent les délais légaux
avec des retards moyens de 18 jours pour les structures de plus de 1000
salariés, tandis que 84% des TPE et 71% des PME payent sans retard.
Le texte vise ainsi à rééquilibrer les rapports de force économiques en rendant les sanctions réellement dissuasives pour les acteurs disposant d'une puissance financière importante. L'absence d'avancée du règlement européen sur les retards de paiement, pourtant annoncé en 2023, a justifié cette initiative législative nationale.
Le dispositif de renforcement des sanctions constitue le cœur de la réforme et opère un changement de paradigme en indexant les amendes sur la capacité contributive réelle des entreprises. L'article 1er introduit un mécanisme de calcul proportionnel qui permet d'atteindre jusqu'à 1% du chiffre d'affaires mondial consolidé, soit potentiellement plusieurs dizaines de millions d'euros pour les groupes internationaux. Lors des débats parlementaires, la DGCCRF a d'ailleurs indiqué que sur la dernière amende maximale infligée de 1 950 000 euros, elle aurait pu monter à 6, 7 voire 8 millions d'euros en l'absence du plafond actuel. Cette modification répond à une critique récurrente : le plafond de 2 millions d'euros ne représentait qu'une charge marginale pour les grandes entreprises qui concentrent 70% des retards de paiement (12 milliards d'euros). L'allongement de trois ans du délai de réitération renforce également l'effet dissuasif en élargissant la période durant laquelle une récidive expose au doublement des sanctions. Cette mesure s'inscrit dans une logique de responsabilisation progressive des acteurs économiques et de lutte contre les pratiques systémiques de rétention de trésorerie.
Le volet consacré à la commande publique constitue l'innovation la plus débattue du texte, avec notamment la création expérimentale d'un fonds public d'affacturage. Ce mécanisme, prévu à l'article 3, permet aux micro-entreprises et PME dont les retards de paiement publics représentent plus de 30% de leur chiffre d'affaires d'obtenir un paiement rapide du fonds, qui se retourne ensuite vers les acheteurs publics défaillants.
Cette solution de subrogation publique constitue une réponse pragmatique à une situation paradoxale : l'État et les collectivités publiques, qui devraient être exemplaires, sont à l'origine de 5 milliards d'euros de retards. Les établissements publics de santé affichent notamment des délais moyens de 63,4 jours, bien au-delà du cadre légal.
Le dispositif a été adopté à
titre expérimental dans deux régions jusqu'en 2030, afin d'en évaluer la
pertinence et l'efficacité avant une généralisation éventuelle. Son financement
innovant repose initialement sur une taxe additionnelle à l'accise sur les
tabacs, avant d'être abondé par les pénalités moratoires récupérées. L'article
2 prévoit également l'automaticité du versement des intérêts moratoires lors du
paiement de la facture initiale, supprimant ainsi la charge psychologique et
administrative que représente la demande de ces pénalités pour les petites
entreprises. Cette mesure, bien que techniquement complexe à mettre en œuvre
sur le plan comptable public, répond à un impératif d'équité.
"Toute renonciation au paiement des intérêts moratoires est réputée non écrite"
La réactivation et l'assouplissement de la procédure de traitement de sortie de crise (article 5) témoigne d'une approche préventive complémentaire aux sanctions. Cette procédure simplifiée, initialement créée pendant la crise sanitaire et arrivée à échéance le 21 novembre 2025, offre aux entreprises en cessation de paiements mais encore viables une alternative au redressement judiciaire. Les assouplissements portent notamment sur les conditions de présentation des comptes annuels et la période d'observation par un mandataire judiciaire. Cette mesure reconnaît que les défaillances liées aux retards de paiement peuvent frapper des entreprises structurellement saines mais confrontées à une crise de trésorerie ponctuelle. Sa prolongation jusqu'au 31 décembre 2027 permet d'accompagner la sortie de crise économique et de préserver les emplois dans les entreprises redressables.
L'objectif affiché est de limiter les effets domino des défaillances d'entreprises et de maintenir le tissu économique local, particulièrement dans les régions où les PME constituent l'essentiel de l'activité. La conjonction de ce dispositif préventif avec le renforcement des sanctions dessine une politique globale de lutte contre les retards de paiement, combinant répression des comportements fautifs et protection des victimes. Le texte devra néanmoins être examiné par l'Assemblée nationale avant son adoption définitive, et sa mise en œuvre effective dépendra des moyens alloués à la DGCCRF pour intensifier ses contrôles ainsi que de la capacité de l'administration à gérer le fonds d'affacturage expérimental.
Nouveautés
- Relèvement du plafond des amendes administratives de 2 millions d'euros à 1% du chiffre d'affaires mondial consolidé pour les entreprises contrevenantes
- Allongement de la durée de réitération de 2 à 3 ans pour le doublement des sanctions en cas de récidive
- Automaticité du versement des intérêts moratoires par les acheteurs publics lors du paiement de la facture initiale
- Création expérimentale d'un fonds public d'affacturage pour les micro-entreprises et PME victimes de retards de paiement publics excédant 30% de leur chiffre d'affaires
- Interdiction pour les créanciers de renoncer aux pénalités de retard dans les relations interentreprises (transposition du principe du code de la commande publique)
- Prolongation jusqu'au 31 décembre 2027 de la procédure de traitement de sortie de crise avec assouplissement des conditions d'accès
Droit antérieur : Le régime juridique des retards de paiement
Le régime juridique des retards de paiement repose actuellement sur les articles L. 441-10 et suivants du Code de commerce qui fixent les délais maximaux de paiement (60 jours à compter de la date d'émission de la facture ou 45 jours fin de mois) et prévoient des pénalités de retard exigibles de plein droit.
L'article L. 441-16 du Code de commerce sanctionne le non-respect de ces délais par une amende administrative plafonnée à 2 millions d'euros (4 millions en cas de réitération dans les 2 ans), montant jugé insuffisamment dissuasif pour les grandes entreprises.
Toutefois, les créanciers peuvent renoncer aux pénalités de retard dans les relations interentreprises, pratique courante chez les PME et TPE par crainte de perdre leurs clients. La procédure de traitement de sortie de crise, mise en place temporairement pendant la crise sanitaire, avait expiré le 21 novembre 2025.
La DGCCRF est habilitée à prononcer ces sanctions qui font l'objet d'une publication systématique.
Dans la commande publique, le Code de la commande publique (articles L. 2192-10 et suivants) prévoient des délais de paiement spécifiques pour les acheteurs publics (généralement 30 jours pour les collectivités locales et 60 jours pour l'État), avec un régime de sanctions équivalent.
Ce qui change
- Passage d'un plafond fixe de sanctions (2 millions d'euros) à un plafond proportionnel (1% du CA mondial) permettant de sanctionner plus lourdement les grandes entreprises
- Extension du délai de réitération de 2 à 3 ans, renforçant l'effet dissuasif sur les comportements récidivistes
- Introduction d'un mécanisme de versement automatique des intérêts moratoires dans la commande publique, supprimant la nécessité d'une réclamation du créancier
- Création d'un dispositif expérimental de préfinancement public des créances impayées pour les TPE/PME les plus fragiles, constituant une innovation majeure dans le soutien à la trésorerie
- Interdiction de renonciation aux pénalités étendue au secteur privé, alignant le régime interentreprises sur celui de la commande publique
- Réactivation et assouplissement d'une procédure préventive de traitement des difficultés pour éviter les redressements judiciaires
Dispositions clés
1. Article 1 : Relèvement du plafond des amendes administratives au montant le plus élevé entre 2 millions d'euros et 1% du chiffre d'affaires mondial consolidé
2. Article 1 : Allongement de la durée de réitération de 2 à 3 ans pour le doublement des sanctions
3. Article 2 : Automaticité du versement des intérêts moratoires par les acheteurs publics en cas de retard de paiement
4. Article 2 : Précision que le délai de paiement débute à compter de l'émission des factures dans la commande publique
5. Article 3 : Création expérimentale d'un fonds public d'affacturage pour les micro-entreprises et PME (retards > 30% du CA)
6. Article 3 : Financement par taxe additionnelle sur l'accise des tabacs puis par pénalités moratoires
7. Article 3 : Expérimentation dans deux régions jusqu'en 2030
8. Article 4 : Interdiction de renoncer aux pénalités de retard dans les relations interentreprises (disposition réputée non écrite)
9. Article 5 : Prolongation jusqu'au 31 décembre 2027 de la procédure de traitement de sortie de crise
10. Article 5 : Assouplissement des conditions d'ouverture (comptes annuels, période d'observation)
Impact pratique
Pour les grandes entreprises : risque de sanctions financières considérablement accrues (jusqu'à 1% du CA mondial soit potentiellement plusieurs dizaines de millions d'euros), nécessité de renforcer les processus de contrôle interne des délais de paiement et d'audit des pratiques fournisseurs, révision des politiques de gestion de trésorerie et des relations avec les PME sous-traitantes.
Pour les PME et TPE : meilleure protection contre les pressions commerciales grâce à l'interdiction de renoncer aux pénalités, accès potentiel au fonds d'affacturage en cas de retards de paiement publics critiques, amélioration prévisible de la trésorerie grâce à l'effet dissuasif des sanctions renforcées, possibilité de recourir à la procédure de traitement de sortie de crise en cas de difficultés liées aux retards de paiement.
Pour les acheteurs publics : obligation de verser automatiquement les intérêts moratoires en cas de retard, exposition au risque de recours au fonds d'affacturage qui se retournera contre eux, nécessité d'améliorer les processus internes de traitement des factures et de paiement.
Sources complémentaires
- Proposition de loi visant à réduire les retards de paiement - Dossier législatif du Sénat, Senat.fr/dossier-legislatif (Sénat)
- Retards de paiement : le Sénat durcit les sanctions pour les entreprises, Lemoniteur.fr/reglementation/retards-de-paiement-le-senat-durcit-les-sanctions (Le Moniteur)
- Le Sénat adopte à l'unanimité la proposition de loi contre les retards de paiement, Banquedesterritoires.fr (Banque des Territoires - Localtis)
- Retards de paiement : une loi pour vraiment durcir les sanctions, www.daf-mag.fr (DAF Magazine)
- Lignes directrices de la DGCCRF en matière de contrôle des délais de paiement, Economie.gouv.fr/dgccrf (DGCCRF - Ministère de l'Économie)
- Délais de paiement entre les entreprises - Guide officiel, Economie.gouv.fr/cedef (Ministère de l'Économie)